09/09/2009

Vin nature: le pour et le contre (3)

Participer à la première dégustation de vins dits « naturels » chez IVV, aura été un vrai plaisir. Personnellement, je les appelle les vins «les plus naturels possible».
Voici 4 critères pour tenter de les définir: raisins bio, vendanges manuelles, levures indigènes et 50 mg/litre de sulfites maximum. Aucun autre additif, ni rectification, ni manipulation ne sont employés ; enrichissement en sucre, acidification, levures sélectionnées, enzymes, copeaux de bois, osmose inverse… sont simplement ignorés. Si les conditions le permettent (raisin parfaitement sain, fermentation complète des sucres avec un niveau suffisant d’acidité et d’alcool), le producteur peut limiter encore plus les sulfites jusqu’à s’en passer totalement.
S’il y arrive tout en offrant un vin plaisant, c’est tout bénéfice pour le consommateur.
Pour revenir à la dégustation, il faut noter que j’étais le seul amateur exclusif de ce type de vins sur les 7 dégustateurs présents.

 

Jerome - Coulée 2 Serrant

Jérome Van der Putt à La Coulée de Serrant

 

Pour des raisons personnelles, je ne souhaite plus consommer d’autres vins. J’ai pourtant eu un parcours classique : j’ai dégusté pendant 30 ans de grands Bordeaux, Bourgognes et autres vins prestigieux, notamment italiens, qui m’ont émerveillé. Mes goûts n’ont d’ailleurs pas tellement changé, en ce sens que j’ai toujours préféré la finesse, l’élégance et le fruit à la puissance et surtout à la dictature du bois et autres manipulations indignes de jus appétissants au départ. Aujourd’hui, cependant, les vins – surtout prestigieux – fabriqués à grand renfort de technologie pour des segments de marché bien définis ne me procurent plus
de plaisir. De plus, je ne supporte plus les sulfites au-delà de niveaux extrêmement faibles. 30 mg/l pour le vin rouge et 50mg/l pour le vin blanc sont pourtant des niveaux parfaitement suffisants pour des vins sains et sans sucre résiduel. Notons en passant que la Coulée de Serrant millésime 2005 de Nicolas Joly, apôtre de la biodynamie et plus récemment des vins «naturels», affiche sans complexe 130 mg/l de sulfites au compteur sur le site de son distributeur italien Velier (www.velier.it/Catalogo/index_categorie?id_prod=464 ) !

Dans ce contexte, au contraire de mes camarades de dégustation, je n’ai pas été étonné de voir les repères habituels de l’amateur de vin conventionnel s’estomper devant les vins dits naturels. Les critères de dégustation classiques n’ont peut-être plus entièrement cours pour ces vins, et si c’est du vin, pourquoi faudrait-il d’autres critères pour les apprécier ?
Simplement parce qu’avec une culture bio, une vinification sans aucun intrant et des niveaux de sulfites très faibles, ces vins sont sensiblement différents des vins conventionnels (au contraire des vins «bio» vinifiés conventionnellement).
On peut par exemple se trouver en présence d’un vin blanc trouble – la limpidité étant un critère de qualité selon les canons de la dégustation classique – et très fin. En quoi la clarté ou turbidité d’un vin devrait m’influencer alors que ses arômes délicats de fruits et de fleurs m’enchantent ?
Autre critère absent des nombreux livres sur la dégustation: la digestibilité. Sans le moindre
doute, les amateurs des vins «les plus naturels possibles» portent haut dans leur coeur cette caractéristique.
Ils se consomment pour le plaisir, sans trop se soucier de leur provenance. Je remarque qu’aujourd’hui, beaucoup de gens (dont de très nombreuses femmes) viennent au vin sans la moindre éducation concernant le vin. Ce qui leur importe, ce n’est pas de catégoriser tel ou tel vin, c’est le plaisir qu’ils ou elles ont à le déguster, particulièrement à l’apéritif ou durant le repas. Il existe heureusement un public décomplexé et en nombre croissant, qui apprécie le vin sans a priori. C’est ce public qui apprécie le plus facilement les vins «les plus naturels possibles», quand ceux-ci sont pleins de fraîcheur et de fruit, et faciles à boire.


Ces vins sont produits majoritairement en France, mais on en trouve également en Italie, en
Espagne, en Slovénie et même en Amérique Latine. Pour donner une idée de la proportion, sur plus de 100.000 producteurs de vin en France, un peu moins de 2.000 sont certifiés en bio mais seulement quelques centaines produisent des vins «les plus naturels possibles». Alors, ils ne sont une menace pour personne !
Ils sont produits par des vignerons qui prennent beaucoup de risques, pour offrir les meilleurs
vins possibles – du point de vue de la qualité des arômes et de l’agrément de les boire et donc de la digestibilité – sans aucun artifice. Par essence, ces vins sont marginaux et le nombre de leurs aficionados restera probablement toujours relativement restreint (bien qu’en constante progression).
De plus, le mode d’emploi n’est pas simple ; primo, il faut déjà les trouver. Secundo, il faut
les transporter et les conserver idéalement, autour de 14°C maximum. Enfin, ils se goûtent parfois sensiblement différemment d’une époque à l’autre de l’année. C’est le prix à payer pour découvrir ces vins à part !
Quant à moi, je suis irrécupérable: j’ai quitté les voies balisées du vin conventionnel et j’ai retrouvé le plaisir complet de déguster des vins vivants.
Mais au-delà de mon cas personnel (et c’est un joli paradoxe, compte tenu des nombreux questionnements), rarement une telle proportion de vins n’a été sélectionnée lors d’une dégustation IVV. Cela signifie que même les amateurs éclairés perdus dans leurs repères peuvent apprécier les meilleurs d’entre ces vins «les plus naturels possibles». Pour peu qu’ils laissent parler leur coeur…


Jérôme van der Putt


Voir également le site www.lesvinsnaturels.org.

Le salon « La Dive Bouteille », tenu cette année à Deauville, réunitannuellement le plus grand nombre de vignerons « naturels ».

Lectures : « Vin bio, mode d’emploi, du vin bio au vin naturel » par l’auteur de cet article, aux éditions Jean-Paul Rocher ou «Les nouvelles couleurs du vin» de Michel Tuz chez le même éditeur. Ou encore «Le Petit Lapaque des vins de copains» de Sébastien Lapaque chez Actes Sud.

 

11:48 Écrit par In Vino Veritas dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Bonjour,

Je partage votre vision des choses, moi je consomme essentiellement ce type de vin.

Écrit par : Max | 09/09/2009

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