13/09/2009

Vin nature: le pour et le contre (4)

La philosophie du vin dit «naturel» revêt au moins deux aspects:

1° respect de la nature - les vignerons «naturels» sont généralement des partisans de l’agriculture biologique, voire biodynamique. Mais pas toujours, les frontières restent assez floues. En tout cas, il sont «à l’écoute de leur raisin», et cherchent à préserver l’aspect vivant du vin ; aussi, ils voient dans le soufre un produit industriel à éviter. De même, ils ne chaptalisent pas, et ne recourent pas aux machines à vendanger. A noter qu’on ne peut
à proprement dit parler de vin sans soufre, mais plutôt de vin sans soufre ajouté, car le vin développe lui même des sulfites à la fermentation (dans une très faible proportion, il est vrai).


2° respect du consommateur.
Le soufre n’a pas que des vertus – on sait qu’il provoque des maux de tête (on pense notamment aux blancs moelleux abondamment sulfités) ; mais certaines personnes développent même de véritables allergies; non au soufre lui-même, mais plutôt aux protéines que sa présence génère dans le vin. Avec comme résultante, par exemple des rhinites et sinusites chroniques, de l’urticaire, de l’eczéma..
Les vins naturels sont censés offrir une meilleure buvabilité et partant, plus de convivialité. En corollaire, leur conservation étant plus limitée dans le temps que les vins conventionnels, mieux vaut les boire rapidement après ouverture – ce qui incite aussi à la convivialité.
Tout ceci me paraît éminemment sympathique. Expliqué par Jérôme van der Putt (l’auteur du livre « Du Vin bio au Vin Naturel », qui n’est ni pontifiant, ni sectaire, mais qui cherche simplement une nouvelle voie pour apprécier le vin, c’est même diablement séduisant. L’écouter fut un vrai plaisir.
Le hic, c’est que bon nombre des vins dégustés ne m’ont pas plu. Ce qui n’aurait rien de rédhibitoire (qui suis-je pour imposer mes goûts, ce n'est pas là le rôle du journaliste), s’ils n’avaient montré, en blanc comme en rouge, en fâcheuse propension… à se ressembler. Difficile de reconnaître un cépage ou un terroir quand les notes de jus de pomme et de levure de bière envahissent le nez de la plupart des vin - sans parler de certains goûts terreux franchement dérangeants.
On n’ose parler de défaut, puisque cela semble fait partie intégrante du «concept», mais on y pense parfois très fort ; et puisqu’il s’agit dans la grande majorité des cas de vins d’AOC, et à fortiori élaborés par gens qui prétendent respecter le produit, donc leur terroir, on est un peu déçu de ne pas le voir mieux transparaître dans le vin.

Jérôme ne se pose plus la question, il dit avoir fait le tour du système AOC, des cépages,
des terroirs ; il privilégie son plaisir de buveur. C’est un point de vue.


Il serait trop facile de régler en quelques lignes le sort des vins naturels, sur la foi d’une seule dégustation. Le concept est intéressant. Sans doute fait-il appel à la part d’émotion qui dort en tout dégustateur, autant qu’à son palais ou à son intellect. Quoi qu’il en soit, sauf à afficher la mauvaise foi des fanatiques, on ne peut, sous prétexte de naturalité, obliger les gens à boire des vins mal faits.
Alors, faut-il rééduquer son palais? Ou faut-il saluer un exercice de style? Doit-on accorder aux vignerons naturels le temps de se régler ? Je n’ai pas la réponse.
C’est en tout cas une tendance alternative dans le monde du vin. Même si elle ne me séduit pas aujourd’hui, elle a son public, aussi respectable, après tout, qu’un autre.


Vive la pluralité! Vive la buvabilité ! Mais attention à ne pas aboutir à l’effet inverse à celui recherché: le «sans soufre ajouté» ne doit pas devenir un facteur de standardisation technologique !


Hervé Lalau

07:36 Écrit par In Vino Veritas dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

C'est vrai qu'il faut rester ouvert sur la diversité des vins que l'on produit dans notre pays.et ne pas vouloir imposer sa vision des choses ( et c'est moi qui le dit, je vais essayer!!). mais faire attention aux vins natures et tout le marketting qui tourne autour. Parce que si quelquefois j'ai pu lire des atrocités concernant le vin bio et le fait que les "bios" étaient très forts en marketting et c'est contre cela qu'était certains vignerons natures ( contre le côté marketting!!!). ça me fait doucement rigoler...quand ça ne m'ennerve pas !En tant que consommateur, il ne faut pas hésiter à visiter les vignes, on se rend compte tout de suite si le discours est cohérent ou non...et si la nature est toujours là, bien vivante!
et quand au vin, c'est pareil, un bon vin nature possède une très bonne digestibilité et franchement, il n'y a rien de meilleur! Parole de convertie!

Écrit par : Isabelle | 17/09/2009

http://www.salondesvignerons.be Tout est question de goût personnel et c’est très bien comme cela. J’avoue cependant ne pas comprendre pourquoi lorsqu’on parle de vins naturels, on ne peut s’empêcher de parler des « mauvais » vins naturels et d'étaler la longue liste des défauts potentiels inhérents à ce type de vinification. Ne pourrait-on pas faire un même type de liste pour les mauvais vins conventionnels? Je trouve que c’est donner une information incomplète et erronée au grand public qui pourrait se laisser tenter et c’est un manque de respect pour les vignerons, majoritaires, qui produisent de vrais bon vins naturels. Il serait tout autant aisé de sélectionner une batterie de vins conventionnels mis sur le marché, sélectionnés au hasard et de conclure hâtivement sur la qualité médiocre de ces vins. Je serais très curieux de connaître le résultat de cette comparaison. L’article stipule d’ailleurs que le taux de sélection est plus élevé que dans d’autres dégustations. Aussi, quand il est dit que les vins ont une propension à se ressembler et à masquer le terroir dont ces vins sont issus, je ne peux m’empêcher de rebondir : n’est pas plutôt le cas de la très grande majorité des vins levurés vinifiés de manière trop interventionniste et maladroitement élevés ?

Écrit par : Julien | 18/09/2009

Les vins nature dégustés ont été sélectionnés par des importateurs spécialisés dans ce type de produits, on peut donc supposé qu'ils en représentent l'élite. Le hasard n'a rien à voir la-dedans. Et au risque de vous heurter, nous maintenons que des vins qui ne proclament plus naturels que les autres devraient être représentatifs de leur terroir, ou bien, abandonner toute prétention à une appellation. Nous n'avons aucun a priori, nous disons ce que nous dégustons.

Écrit par : IVV | 20/09/2009

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