04/11/2009

Un peu d'histoire champenoise

C'est à Épernay, dans des circonstances très particulières (nous étions le 10 juillet 1941), que fut porté sur les fonds baptismaux le Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC), toujours en activité aujourd'hui.

Selon les termes du Syndicat général des vignerons champenois, lors de son assemblée, le nouveau Comité était appelé à devenir «la représentation de tous les intérêts champenois». Etait présent lors de cette assemblée le Préfet René Bousquet, qui deviendrait célèbre bien plus tard. Celui-ci prit la parole pour expliquer la Charte du Champagne, qui devait fixer les droits et les devoirs des producteurs et des négociants tous, en précisant qu'"aucune opposition fondamentale ne peut dresser le travail contre le commerce et vice-versa".

Soyons plus précis: le CIVC avait plusieurs objectifs complémentaires. D'une part, la bonne gestion des prélèvements allemands dans les stocks de Champagne, organisés dès juin 1940 par le Sonderführer Otto Klaebisch; de l'autre, la satisfaction des intérêts des producteurs champenois qui entendaient répondre à cette demande (une des rares solvables, à l'époque); enfin, la réorganisation de la profession (une demande datant de bien avant la guerre), dans le cadre de l'Ordre Nouveau, corporatiste, mis en place par le régime de Vichy. 

Préfet de la Marne (puis de La Champagne tout entière), René Bousquet nageait comme un poisson dans l'eau de cette réorganisation, car il avait été attaché au cabinet du ministre de l'Agriculture Cathala avant la défaite.

Il faut croire que la mise en place du nouveau comité plut particulièrement à l'Occupant allemand, car à l'issue de cette réunion, Otto Klaebisch et son adjoint Muller rejoinrent les représentants du syndicat pour fêter l'événement autour d'un bon verre de Champagne...

On est loin de la version édulcorée donnée par les dirigeants du CIVC lors de son 50ème anniversaire, en 1991. Ceux-ci parlaient de "pragmatisme", passant par pertes et profit le rôle de René Bousquet, mais surtout des "parrains" allemands du Champagne.

A se demander si les bulles du Champagne ne nuisent pas à la mémoire...

Car pour Pierre Regnault, directeur du Champagne Salon à Mesnil-sur-Oger, appelé à la barre lors du procès Bousquet, «le plus beau fleuron de la résistance de M. Bousquet à nos ennemis fut l'organisation de la viticulture champenoise».

Pour plus d'info sur ce thème: Le vin de Champagne à l'épreuve de l'occupation allemande,
1940-1944, par Jean-Pierre Husson, Docteur en histoire de l'Université de Reims

http://www.crdp-reims.fr/memoire/enseigner/

22:02 Écrit par In Vino Veritas dans Champagne | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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