12/08/2010

La chaptalisation, une vieille affaire

Patrick Baudouin nous d'un passé lointain dans le temps, mais oh combien présent...

Connaissez vous le Père Cristal ? Figure vigneronne du début du XXème siècle à Saumur, laissons lui la parole, en 1900 : «Ce que vous buvez là c’est du vin naturel. Il n’y a que le soleil qui puisse donner au vin cette qualité et cette saveur. Depuis 20 ans je ne cesse de le répéter à tous les grands seigneurs de la viticulture et à tous les vignerons de notre pays d ’Anjou.(..) Je lui ai dit (au ministre de l’Agriculture) que c’était une grande faute de tolérer le sucrage des vins. Le bon vin ne doit sa qualité qu’à la lumière du Bon Dieu ! Tolérer le sucrage, c’est amener bientôt la ruine de nos vignobles. Lorsque nos crus n’auront plus leur personnalité, lorsqu’on pourra fabriquer n’importe où un vin sorti du cerveau des chimistes, ce sera peut-être bon pour tes Anglais ou les Américains, mais nos pays seront ruinés ! Ils seront concurrencés sur les marchés du monde par les vignobles à gros rendements.»

110 ans après, où en sommes nous ? Un règlement européen sème l’émoi dans nos campagnes viticoles. Il est pourtant moins abrupt que les propos d’Antoine Cristal : il prévoit que le vin ne peut avoir un titre alcoométrique supérieur à 15%, sauf si le vin n’est pas enrichi (chaptalisé..)...auquel cas il n’y a pas de limite. (Ce qui permet encore d’enrichir jusqu’à atteindre les 15%)... Or à l’heure actuelle des cahiers des charges de vins liquoreux d’AOC français permettent d’atteindre 18 et 19 %... avec enrichissement !

L’Europe remet donc en cause le droit à la chaptalisation pour des liquoreux français réputés du meilleur niveau, les Layon, les Sauternes...De mon point de vue, c’est une très bonne chose, il est déjà inadmissible que la possibilité de "sucrer" des vins se voulant aussi prestigieux, se réclamant du terroir, de l’excellence, ait été maintenue jusqu’à présent dans leur cahier des charges.

Comme Antoine Cristal, nous sommes quelques uns, depuis vingt ans, à répéter ses paroles aux "grands seigneurs de la viticulture", aux pouvoirs publics, à l’INAO, jusqu’à présent sans plus de succès. Pour ce qui est du Domaine, depuis le millésime 1994, aucun vin, qu’il soit sec, rouge, blanc, liquoreux, n’a été enrichi. Pour les vins liquoreux, la chaptalisation, pratiquée systématiquement, a été un désastre : mauvais vins lourds et indigestes revendiquant l’excellence, déception des consommateurs, image devenant catastrophique et véritable effondrement du marché, justifié. Espérons que sur ce point, l’Europe fera prévaloir son point de vue. Et que la viticulture française comprendra, même si on lui force la main, que c’est son intérêt.....

Plus d'info: domaine@patrick-baudouin-layon.com

09:28 Écrit par In Vino Veritas dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chaptalisation, patrick baudouin |  Facebook |

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