14/08/2010

Oxydatif? Oxydé? Atypique?

On trouve beaucoup de vins à caractère oxydatif parmi les vins "nature". Est-ce un défaut?

Oui, si c'est un problème de conservation, si le vin est oxydé, sans autre caractère.

Si c'est une tendance oxydative vraiment maîtrisée, volontaire, par contre, on peut commencer à discuter.

On trouve en effet d'excellents produits dans cette catégorie. Je pense par exemple aux vins de Schatz, à Ronda.

Ce qui peut poser problème, par contre, c'est la fameuse "typicité". Un mot bien difficile à définir. Mais avançons tout de même sur ce terrain si glissant...

Nous aimons tous le Vin Jaune. Ce qu'on aime moins, c'est  de retrouver ce style (pas toujours aussi achevé, bien sûr, tout le monde n'a pas 6 ans à consacrer à l'élevage) dans une appellation qui normalement, ne propose pas ce genre de vin. C'est un vaste débat, celui de la "conformité" à une AOC.

Mais quand on sort vraiment de la norme, et si l'on recherche une note oxydative, dans une AOC qui généralement produit des blancs sur le fruit, par exemple, sans doute vaut-il mieux abandonner la mention de l'AOC. Au nom du respect du consommateur.

Car après tout, l'AOC n'est qu'une des clés d'entrée pour le consommateur, si un vigneron fait le choix de l'originalité, c'est son droit, et si ces vins sont bons, mais atypiques, c'est sur son nom qu'il doit capitaliser, pas sur celui d'une AOC qui ne lui ressemble pas.

Et puis, mais c'est encore un autre débat, quel est le pourcentage de vins vraiment intéressants dans les AOC? La typicité a bon dos si  l'AOC dans son ensemble laisse trop de place aux vins médiocres. Les maillons faibles tirent toute l'appellation vers le bas. C'est comme dans un village. Une seule maison laide suffit pour enlaidir toute une rue, alors qu'une seule belle maison ne suffit pas à l'embellir.

Aujourd'hui, j'attache plus de crédit au nom de Marcel Lapierre qu'à celui de Morgon par exemple. De même que j'attache plus de crédit au Clos de Rochegrès qu'à Moulin-à-Vent dans son ensemble, pour rester dans ce vignoble du Beaujolais si beau et si galvaudé.

Mais votre avis m'intéresse.

Hervé Lalau

16:38 Écrit par In Vino Veritas | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Si ce n’avait pas été dit par le Grand Charles si cher à Hervé, j’oserais ajouter « vaste débat ».
L’AOC ne veut manifestement plus dire grand chose, si tant est qu’il en a jamais été autrement. Avec des amis très amateurs de vin, quelques uns d’entre eux professionnels d’ailleurs (amusant comme oxymoron, non ?), nous avions réuni une quinzaine de bouteilles de Listrac et autant de Moulis, dans les années ’80. A l’époque, nous osions encore prononcer ces vilains mots à table et « Médoc » n’était pas encore rangé à l’index. Nous avions tenté de les placer, à l’aveugle, dans leur commune d’origine. Fiasco total.
Décrivez-moi les différences existant entre un Nuits-St-Georges et un Gevrey-Chambertin ? Or, je ne pense pas que les vignes en soient limitrophes - je veux dire, je suis sûr qu’elles ne le sont pas. On pourra toutefois affirmer, d’accord avec Laurent Voulzy (qui parlait de Kim Wilde) : « Une nuit sans George, c’est le vrai chant de Bertin. »
Qu’est-ce qu’un Vacqueyras ?
Séparez les Côtes-de-Brouilly du Brouilly tout court.
J’arrête là.

Pour beaucoup de Français, « Vin de table » possède encore une connotation péjorative.
Anecdote : je produis un peu de « Rosé de Coume Majou », contenant une majorité de syrah et le solde en maccabeu. Certaines années, il y a un peu de carignan aussi, pour ajouter cette note oïdiée que les indigènes aiment tant (joke). Toutes les vignes occupent des parcelles situées dans la zone d’appellation Côtes-du-Roussillon Villages, voire même VDN Rivesaltes. Il n’y a pas de CDRV rosé, mais je pourrais revendiquer Côtes-du-Roussillon, où cette couleur existe. Pour des raisons de gamme, j’ai préféré demander VDP Côtes Catalanes. Puis, en 2008, suite à l’ineptie des comités de dégustation, j’ai décidé de ne plus revendiquer d’appellation du tout.
Pour la plupart des consommateurs, cela ne change rien. Toutefois, au saut de millésime (2007 = VDP CC, 2008 = VDT), certains clients français d’un restaurateur du Vallespir ont fait la remarque suivante, après avoir vidé la bouteille avec délectation : « Il était très bon ce vin, mais il coûte trop cher pour un vin de table (17 € sur table) ».
Enfin, si j’ai bien compris, les VDT vont bientôt s’appeler « Vin de France ».

Et puis, un « Perrier tranche », c’est nature, non ? L’eau jaillit pleine de bulles, s’engouffre dans la bouteille, recrache ses nitrites, éjecte son benzène et ... vous aide à roter avec délectation : la classe !

Écrit par : luc charlier | 20/08/2010

Les commentaires sont fermés.