26/12/2010

L'IVV de décembre est sorti

En attendant, voici son édito...

A l’orée des fêtes, une petite introspection s’impose…
Qui nous rendra le goût de la première gorgée de vin, avalée à la sauvette un soir d’anniversaire, à l’heure où les adultes n’y prenaient plus garde ?
Pour moi, c’était un bourgogne – le pinot noir trônait presque seul au panthéon des cépages de mes parents. Quant à dire lequel ? On ne demande pas à Marcel si sa madeleine venait de Commercy.
Et qui nous rendra l’émotion ? Des bourgognes, j’en ai bu bien souvent depuis, des meilleurs et des moins bons. Et bien d’autres origines. Mais cette fois-là, j’avais poussé la porte d’un monde nouveau, plein de senteurs étranges, mélange inhabituel de douceurs olfactives et d’âpreté en bouche.
Impossible de remettre le nez dessus.
Des commentaires de vin, j’en ai écrit des milliers, mais ce vin là restera comme une page blanche dans ma bibliothèque. La plus belle, forcément, car potentielle.
Le vin possède une force évocatrice peu commune, à la mesure ou à la démesure du dégustateur; le chimiste catalogue des molécules, l’oenologue des défauts et le poète de bouquets de fleurs. Les mots transcendent la réalité ; la raccrochent à une histoire, à une origine, celle du vin, et à un vécu, celle de celui qui boit.
Dans cette chaîne improbable où je me retrouve, moi qui n’avais au départ aucun don particulier, et qui n’en ai probablement pas beaucoup plus aujourd’hui, si ce n’est celui qui confère l’entraînement, me voici passeur de goûts et d’images. Je ne crée rien, je transporte, je restitue, je présente, je contextualise.
Oui, qui nous rendra ce goût ? Et gommera celui de la technique, la poussière d’habitude qui se dépose sur tout ce que l’on fait avec trop de facilité. Qui nous rendra la spontanéité de la première fois, l’émerveillement ?
Je les retrouve parfois, lorsque je déguste un nouveau cépage, quelque chose d’imprévu, quand je perds mes repères, comme si se levait la barrière, la frontière, la fenêtre qui ne permet pas de sentir le vent.
Si j’étais musicien, je décrirais des sons. Si j’étais peintre, des couleurs. Je décris des vins dont les arômes évoquent les deux.
Ou bien je ne les décris pas. Si vous saviez le nombre de vins qui passent par IVV et qui ne sont jamais commentés. Au royaume des vins, il y a beaucoup d’appelés, et peu d’élus...

 

Hervé Lalau

00:51 Écrit par In Vino Veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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